mardi 26 février 2008

Le bonheur, malgré les coups bas de la vie et de la mort


Emmas Glück (Le bonheur d’Emma), de Sen Taddicken (Allemagne), avec Jordis Triebel et Jurgen Vogel. Emma, une jeune fermière solitaire et endettée, élève des cochons à sa manière, c’est-à-dire en les traitant avec beaucoup de tendresse jusqu’au dernier moment. Max, un autre solitaire, aboutit chez elle dans des circonstances rocambolesques après avoir appris qu’il souffre d’un cancer incurable. Leur rencontre commence comme un suspense, se poursuit comme une histoire d’amour maladroite, puis comme un consentement au Bonheur avec un grand B. L'humour fait respirer ce film bucolique jusqu'à l’inéluctable finale. Excellentes interprétations et direction d’acteurs : 8/10. D'après un livre de Claudia Schreiber.
Pour voir des extraits du film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18722546&cfilm=122735.html


After the Wedding (Après la noce), de Susanne Bier (Danemark), avec Mads Mikkelsen, Sidse Babett Knudsen, Rolf Lassgård. Jacob travaille en Inde, auprès des enfants de la rue et le financement se fait rare. Invité à rencontrer un riche donateur au Danemark, il se retrouve plongé sans avertissement dans une histoire de famille pour le moins complexe et dans laquelle les apparences sont parfois trompeuses. Lorsque le passé revient sous l’apparence d’une trahison et que le présent à l’air d’un complot ourdi par un homme riche et sans doute manipulateur, comment garder son intégrité? Un peu trop prévisible à mon goût, un peu trop mélo par moments et un peu trop porté sur les très gros plans, ce film a tout de même le mérite de mettre en scène des êtres humains maladroits, mais bien appuyés sur leur cœur : 7,5/10.
Site du film : http://www.aftertheweddingmovie.com/main.html



À force de rêves, de Serge Giguère, avec une gang de vieux pas bougons pour deux cennes et qui assument leur vieillesse du haut de leur 72 à 94 ans. La caméra caresse leur vie, leur passion (musique, peinture, antiquités, bûcher du bois, modèles réduits d’avion et autres) et nous réchauffe le cœur : vieillir heureux, c’est possible, même si c’est éminemment subversif. Des fragments de vie douloureux émergent sobrement et la santé physique chancelle parfois. Ces images simples et magnifiques tissent la trame d’une longue existence qui compte les années qui restent en nombre de fois qu’on aura l’occasion de voir reverdir le gazon et tomber la neige : 9,5/10. Jutra 2007 du meilleur documentaire.
http://www.onf.ca/collection/films/fiche/?id=52155

mardi 19 février 2008

La souffrance et et le courage des êtres humains


Le scaphandre et le papillon, de Julian Schnabel, avec Matthieu Almaric, Marie-Josée Croze et Anne Consigny. Journaliste pour le magazine Elle, Jean-Dominique Bauby est terrassé par un accident vasculaire cérébral qui le plonge dans le coma. Quand il en émerge, il est hospitalisé et prisonnier de son corps inerte : il souffre du locked-in syndrome. Sa pensée est intacte, mais seuls son œil et sa paupière gauches lui permettent de communiquer. Le film est une adaptation du livre qu’il écrira pour raconter ce qu’il vit. Une plongée fascinante dans l’univers d’un être contraint à l’adaptation extrême. À voir au cinéma : 9/10. Prix de la réalisation Cannes 2007.

Site du film
http://www.lescaphandre-lefilm.com/

Extrait du livre
http://pagesperso-orange.fr/calounet/extraits/lescaphandreetlepapillon_bauby.htm

Article paru dans L’Express en février 2007, sur le parcours du film, après que les droits du livre aient été rachetés par Spielberg (Dreamworks) en 1999. Pourriez-vous imaginer Johnny Depp dans ce rôle?
http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/enquetecine/dossier.asp?ida=457729&p=2


Le violon, de Francisco Vargas, avec Don Angel Tavira, Dagoberto Gama, Gerardo Taracena et Fermin Martinez. La performance de l’acteur principal vaut à elle seule le détour vers ce film mexicain qui raconte, sans repère chronologique ni géographique précis, la lutte des paysans contre la répression gouvernementale. Cette oeuvre en noir et blanc est à la fois très dure (les deux premières minutes surtout), très tendre et extrêmement touchante, notamment dans sa façon de filmer ce vieil homme qui refuse de baisser les bras. Cet acteur, non professionnel (comme tous les autres), est un violoniste, descendant direct d’une importante lignée de musiciens populaires et son infirmité, réelle. Si vous aimez les caméras à fleur de peau, les films engagés et la musique : 9/10.

dimanche 10 février 2008

De L'Allemagne au Québec, en passant par l'Arménie et la France

En DVD

Le Miracle de Berne (Das Wunder Von Bern), de Sönke Wortmann, avec Louis Klamroth et Peter Lohmeyer. En 1954, l’Allemagne participe à la finale de la coupe du monde, qui a lieu en Suisse, à Berne. En 1954, un père, qui est resté 11 ans prisonnier en Russie, revient dans sa famille et a bien de la difficulté à se réadapter. Son plus jeune fils est un fan de soccer. Portrait sensible et intimiste d’une famille allemande d’après-guerre dans une région minière : 8/10. Si vous n’avez pas accès au film, mais que le sort des Allemands prisonniers de guerre en Russie vous intéresse, vous pouvez lire ces deux textes en ligne.
http://www.horizons-et-debats.ch/25/25_11.htm
http://www.arte.tv/fr/connaissance-decouverte/Le-miracle-de-Berne/325442,CmC=325454.html


Le voyage en Arménie, de Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Simon Abkarian. Barsam, se sachant gravement malade, choisit d’aller en Arménie, sa terre natale. Sa fille Anna, médecin, finit par l’y rejoindre, de reculons. Dans ce pays où elle n’a jamais mis les pieds, elle vivra des moments forts et finira par retrouver son père après quelques détours qui la mettront en contact avec ses origines. Si vous aimez les films de Guédiguian (Marie-Jo et ses deux amours, Marius et Jeannette), vous aimerez celui-ci. Si vous ne connaissez pas ce réalisateur français d’origine arménienne et sa muse et conjointe, Ariane Ascaride, c’est une bonne occasion de les découvrir à travers cette relation père-fille, l’histoire de l’Arménie et les méandres de la condition humaine sans fioritures. Guédiguian, c’est la vie et rien d’autre : 8,5/10.

Jean-Philippe, de Laurent Tuel, avec Fabrice Lucchini et Johnny Halliday. Si vous aimez Fabrice Lucchini, courrez louer ce film et si vous ne l’aimez pas, peut-être changerez-vous d’avis en le voyant. Il y incarne un fan de Johnny qui se réveille un jour dans un monde où le rockeur français n’a jamais percé dans le show-business. Il se met à sa recherche et essaie de le convaincre de monter sur les planches. Cette comédie qui ne se prend pas au sérieux compte sa part de moments drôles, de moments mielleux (la fin surtout) et parfois prévisibles, mais aussi de moments magiques grâce au jeu de Lucchini : 7/10. Très bien pour un vendredi soir quand on veut relaxer.

Barbiers, une histoire d’hommes, de Claude Demers. Documentaire hommage aux barbiers, dont le métier est en voie de disparition. Ils sont grecs, ils sont italiens et ils ont vieilli, tout comme leurs clients. Les scènes filmées dans les salons sont savoureuses, touchantes et mélancoliques. Ces hommes font corps avec leur métier et vieillissent avec solidité et simplicité. Le film s’embourbe un peu et s'éparpille dans une histoire de retrouvailles entre un des coiffeurs et un ami d’enfance en Italie, mais ce curieux détour permet une scène sublime : 7,5/10.


Vu au cinéma en décembre 2007

Le dernier continent, de Daniel Lemire, avec l’équipage du Sedna IV. Pendant un an et demi, 12 personnes sont restées ensemble dans un voilier en Antarctique. Une aventure humaine bien mise en scène, des images superbes : 8/10.

lundi 4 février 2008

Première parution!

Depuis que je suis revenue de voyage, j'ai vu plusieurs films en DVD, histoire de rattraper sept mois d'absence.

Rêves de poussière, de Laurent Salgues, avec Makena Diop. Si l’Afrique vous fascine et que vous aimez les films de type contemplatif, vous aimerez cette œuvre. Je n’oublierai pas de sitôt les images des conditions de travail extrêmes des orpailleurs dans la mine d’or artisanale d’Essakane, au Burkina Faso : 7,5/10.

La vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck, avec Ulrich Mühe. En 1984, un employé de la redoutable Stasi (police secrète est-allemande) est chargé de surveiller un dramaturge. Ce film a tout pour me plaire et plus : une performance d’acteur éblouissante, un suspense bien mené et un regard allumé et pénétrant sur l’Allemagne de l’Est : 10/10.

An unconvenient truth (La vérité qui dérange), de Davis Guggenheim, avec Al Gore. Documentaire bien ficelé basé sur la conférence sur le réchauffement climatique que donne cet ex vice-président démocrate. Al Gore y dit être sensibilisé depuis très longtemps à ce phénomène. La démonstration est intéressante et convaincante, mais je me demande vraiment si on serait rendu beaucoup plus loin s’il avait gagné l’élection présidentielle contre Bush en 2000 : 8/10.

Bourne ultimatum, de Paul Greengrass, avec Matt Damon. Le film d’action intelligent par excellence, un scénario béton. Beaucoup de bagarres et de poursuites : 8,5/10. Selon un roman de Robert Ludlum.

Ne le dis à personne, de Guillaume Canet, avec François Cluzet, Nathalie Baye, André Dussollier, Kristin Scott Thomas et Jean Rochefort. Si vous aimez les films français, courez voir ce film noir dont l’intrigue tortueuse réjouira les plus exigeants cinéphiles. En prime, une chasse à l’homme palpitante, sans poursuite en auto : 8,5/10. Selon un roman de Harlan Coben.

La vie en rose, d’Olivier Dahan, avec Marion Cotillard. Plongée un peu échevelée dans le monde émotif de Piaf plutôt que biographie détaillée, ce film pourrait décevoir ceux qui s’attendent à entendre de longs extraits des chansons de Piaf et qui aiment les films linéaires. Je vous recommande de regarder les suppléments, car ils permettent de mieux comprendre la ligne de pensée du réalisateur. Si vous ne connaissez rien de Piaf, lisez un peu au sujet de sa vie avant de voir ce film : 8/10.

La tourneuse de pages, de Denis Dercourt, avec Catherine Frot et Déborah François. Une histoire de vengeance implacable et élégante, comme le milieu dans lequel elle est campée. Les deux actrices principales sont très convaincantes et l’intrigue, imprévisible : 8/10.

Libero, de Kim Rossi Stuart, avec Alessandro Morace et Kim Rossi Stuart. Parcours d’une famille mal foutue, mais dont tous les personnages sont attachants, malgré leurs faiblesses. Parfois coup de poing au cœur, parfois caresse douce, douce, ce film est vécu à travers les yeux d’un petit bonhomme de 10 ans qui a un regard d’adulte sur la vie : 8/10.

Sicko (Malade), de Michael Moore, avec Michael Moore et des Américains floués par des compagnies d’assurance lorsqu’ils ont voulu se faire rembourser des soins de santé qui, dans bien des pays sont gratuits, parce que financés l’État. Il tourne les coins ronds, il donne dans la démagogie, la manipulation et l’info-spectacle, mais Michael Moore a aussi des éclairs de génie et d’humour qui valent la peine de voir ce documentaire. Les suppléments sont aussi intéressants : 8/10.

Away from her (Loin d’elle), de Sarah Polley (Canada), avec Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis. Fiona, mariée depuis 45 ans avec Grant présente des symptômes de plus en plus préoccupants de la maladie d’Alzheimer. Lorsqu’elle emménage dans une clinique spécialisée, Grant vit très difficilement cette séparation, d’autant plus que Fiona s’attache à un autre patient. Vous souvenez-vous de l’adolescente qui survit à un terrible accident d’autobus scolaire dans le film De beaux lendemains? C’est elle qui, à seulement 27 ans, réalise ce superbe film à la fois percutant et tout en délicatesse sur la mémoire, l'amour et la culpabilité. Les acteurs sont magnifiques et magnifiquement dirigés. Olympia Dukakis est particulièrement touchante. À voir absolument : 9,5/10. Basé sur une nouvelle d'Alice Munro.